Mettons les pieds dans le plat tout de suite : « Un sort si noir et éternel » était un roman si laborieux à lire que je ne sais même pas de quelle manière commencer cette chronique pour qu'elle ne sonne pas trop catastrophique ! Tout ceci est bien dommage car le roman m'intéressait bien. C'est simple, il me suffisait de savoir qu'il s'agissait d'une réécriture de conte - ici de La belle et la bête - pour avoir envie de le lire. Mais trop de choses m'ont dérangée pour que je puisse réellement apprécier ma lecture. Bilan d'un roman décevant de la première page jusqu'à la dernière.
Un soir, dans les rues de Washington, Harper, 17 ans, est témoin d’une tentative d’enlèvement. Faisant fi du danger, la jeune femme, partiellement handicapée, s’interpose. Mais le kidnappeur lâche sa première proie et, après avoir maîtrisé Harper, l’emmène avec lui… D’un coup de baguette magique, ou presque, Harper bascule dans un autre monde. Elle découvre un lieu qui a tout du château de conte de fées : orchestre sans musiciens, cuisine enchantée et, bien sûr, prince beau et énigmatique. Prince maudit, en vérité. Coincé dans un automne éternel, le prince Rhen cherche à débarrasser son peuple d’une créature sanguinaire. C’est pour briser le sort qu’il ordonne au commandant Grey d’enlever des jeunes femmes, saison après saison…
Peu de livres me laissent une impression aussi catastrophique… J’ai bien tenté d’apprécier ce roman mais tout semble s’être ligué contre moi. Cependant, je tiens un point positif, eh oui ! Alors parlons-en avant de rentrer dans les détails. Ce dernier repose sur le personnage principal, Harper, qui est atteinte de paralysie cérébrale. Les héros handicapés sont malheureusement rares en littérature jeunesse, et encore plus en fantasy : c'est toujours bien de voir plus de représentation !
❝
Mon père m’a dit un jour que les cartes étaient déjà distribuées à la naissance. Une bonne main peut finir pas perdre, et une mauvaise par gagner, mais nous devons tous jouer les cartes que le destin nous a attribués. Les choix que nous faisons ne sont peut être pas ce que nous voulons, ils n’en restent pas moins des choix.
❞
Et maintenant… c'est parti pour la liste sans fin des choses qui m'ont déplu. Commençons par ce qui m’a immédiatement sauté aux yeux : Harper n'est « pas comme les autres filles ». Comprenez par là qu'elle n'est ni frivole ni superficielle, qu’elle ne s'intéresse pas aux robes, bijoux et cadeaux que peut lui offrir le prince, d'ailleurs elle ne craque pas immédiatement pour lui, elle est méfiante et lui parle sans prendre de pincettes… etcaetera. Mais attendez une minute, c'est totalement normal qu'elle ne s'attache pas immédiatement au prince, il vient de la CAPTURER ! En plus de ce kidnapping, la jeune femme débarque dans un nouvel univers auquel elle ne connait rien - et bien sur auquel elle ne s’attendait absolument pas.
Ce que je déteste aussi avec les personnages “pas comme les autres”, c’est que l’auteur.e cherche à mettre son personnage en valeur mais ne réussit qu’à dénigrer les autres. On sait bien que les héros et héroïnes sont uniques ; mais la trope “pas comme les autres” a été pointée du doigt maintes et maintes fois, dénonçant son aspect problématique. Dans le cas de ce roman, le procédé est misogyne, car il réduit les autres jeunes femmes à de gros clichés très sexistes : l’auteure sous-entend que les femmes aiment faire du shopping, sont superficielles et écervelées… Certes, “Un sort si noir et éternel” est loin d'être le premier à décrire de cette façon les personnages, mais le problème, c'est qu'il a été écrit récemment : les choses auraient dû évoluer depuis l'époque de “Twilight”, roman qui présentait exactement le même souci.
❝
Et l’espace d’un instant, je me suis rappelé. Je me suis rappelé ce que cela faisait de vouloir toucher une fille, de le désirer sincèrement et pas dans le cadre d’un plan de séduction conçu pour l’amener à rompre un sort.
Quel cauchemar.
❞
La seconde chose qui ne m'a pas convaincue, c’est l'univers proposé par l'auteure. On avait pourtant quelque chose de pertinent : Harper vit aux États-Unis, et se retrouve soudainement dans un monde magique, à l’allure moyenâgeuse et surtout rempli de dangers. Malheureusement, cela n'est pas assez bien exploité. On ne sait jamais si notre monde est celui de Rhen se côtoient, s'il s'agit d'une sorte de multivers, s’il existe des passages entre les mondes… personne ne se pose réellement la question non plus, c'est lunaire ! La cerise sur le gâteau, c'est le commandant Grey qui va kidnapper des femmes issues des États-Unis mais jamais il me semble se poser de question sur notre monde ou être perturbé par ce qu'il y voit (voitures, technologies, et j’en passe : rappelons qu'il vit dans une époque médiévale !). Enfin, les clichés se succèdent et se ressentent même au niveau du nom des personnages et des lieux : nous croisons des Rhen, Grey, Evalyn, Coale, Bastian, Freya, Lillith, qui évoluent dans des endroits tels que “Silver Moon”, “Emberfall” ou encore “Hutchins forge”. Cela sonnait faux et exagéré à mes oreilles : l’auteure avait mis le paquet pour qu’on se sente bel et bien dans un univers de fantasy !
Pour terminer, si j’ai apprécié la combativité de Harper au fil du roman, le récit ne m’a absolument pas passionnée - à un tel point que j’ai parfois lu en diagonale ou carrément zappé plusieurs paragraphes. En effet, tout est toujours très cliché : Harper n’est pas comme les autres, elle joue aux cartes avec le commandant de la garde royale ; Harper n’est pas comme les autres, elle essaye de s’enfuir et se débat ; Harper n’est pas comme les autres, elle aide les pauvres paysans effrayés et sans le sou… Bref, je pense que vous avez compris. Et encore, je n’ai pas mentionné la relation entre Rhen et Harper qui était tout sauf naturelle. Ces deux-là ne m’ont absolument pas touchée ni convaincue !
❝
L’échec est devenu une telle certitude que j’ai appris à me préserver de la déception.
❞
Bref, peu de livres me laissent une impression aussi catastrophique que celui-ci, mais il faut dire que les arguments sont nombreux en sa défaveur. Je suis d’ailleurs étonnée de voir qu’il a récolté autant d’avis positifs - une sorte de fièvre délirante se serait-elle emparée des réseaux sociaux et des lecteurs ayant immédiatement voulu découvrir le phénomène ? Quoi qu’il en soit, je me garderai bien de lire la suite, et de le recommander !
En quelques mots :
+ rien
- tout
Ma note : 2/5

Un sort si noir et éternel #1 | Brigid Kemmerer
Lu en novembre 2022 aux éditions Rageot
.jpg)

















